Théâtre – 80 min
Année de mise en scène : 2025
Essai – 234 pages
Année de publication : 2019

Pourquoi je vous en parle ?
Je suis allée voir L’Amour sous Algorithme, mis en scène par Xavier Campion. La pièce est adaptée par Claude Enuset à partir du livre du même nom de la journaliste Judith Duportail. J’avais envie de vous en parler parce que ce spectacle met en lumière quelque chose de très contemporain : la façon dont les algorithmes façonnent nos relations, nos désirs, nos peurs et parfois… nos illusions.
Même si on est très loin de la salle de consultation, la pièce ouvre un espace étonnant pour réfléchir aux relations. Comment les systèmes (sociaux, techniques, culturels) influencent nos histoires intimes sans qu’on en ait toujours conscience.
L’histoire en bref
La pièce suit le parcours de la journaliste Judith Duportail, qui a enquêté en profondeur sur les coulisses de Tinder et de ses algorithmes. Sur scène, tout repose sur une actrice unique, Alexia Depicker, qui tient un monologue vif, habité, intelligemment incarné. C’est elle qui porte la parole de Judith, mais aussi celle des utilisateurs qu’elle a rencontré au cours de son enquête.
Au fil du spectacle, elle dévoile comment Tinder se présente comme une application moderne et progressiste, alors que son fonctionnement algorithmique reproduit — voire accentue — les dynamiques patriarcales de notre société. Les femmes et les hommes ne sont pas mis à égalité : le scoring, la mise en avant des profils, la valeur attribuée via une « note de désirabilité »… tout semble construit pour perpétuer des rapports de domination déjà bien ancrés.
La pièce montre aussi que cette logique n’est pas neutre : l’application façonne différemment l’expérience des utilisateurs selon leur genre, leur statut social, leur QI, orientant — parfois malgré eux — leur manière de se présenter, d’interagir et même de se rencontrer.
Pour ouvrir le dialogue…
Et si cette pièce nous invite à quelque chose, c’est peut-être à retrouver un peu de liberté face à ce qui prétend nous définir. À regarder nos rencontres, nos élans, nos désirs sans le prisme de plateformes qui calculent à notre place. À redonner de la valeur à ce qui ne s’optimise pas : la nuance, l’incertitude, la curiosité, l’imprévu… et à se rappeler que les relations humaines ne se mesurent pas sur une échelle.
Ce n’est pas l’existence des applis de rencontre que je remets en question, mais c’est leur logique interne que je questionne. L’algorithme choisi — inspiré du système de classement ELO, utilisé dans les compétitions sportives — crée une logique de performance là où il devrait y avoir du lien. Il introduit une idée de “valeur” et de “niveau” là où il devrait y avoir de l’écoute, de la curiosité et de la rencontre. Car une rencontre ne se gagne pas : elle se tisse.





