Amour toxique : voir ce qui fait violence

par | 14 Jan 2026

Amour toxique : une BD pour comprendre les mécanismes de l’emprise
Roman graphique / BD : 181 pages
Année de publication : 2025

Pourquoi je vous en parle ?

 

Amour toxique est une BD très juste qui donne à voir une relation toxique… sans jamais juger celle.ux qui la vit.

Ce qui frappe, c’est le décalage entre le regard extérieur — celui du lecteur — et ce que perçoit Manie, le personnage principal. De l’extérieur, les mécanismes sautent aux yeux. Mais de l’intérieur, tout paraît normal, banal, acceptable. Et c’est précisément là que la BD est précieuse.

Dans ma pratique, des personnes me confient parfois des récits très intimes. Des histoires où la violence n’est pas toujours nommée comme telle, où elle s’est installée progressivement. Amour toxique rappelle combien il est essentiel d’accueillir ces paroles sans culpabiliser, sans “mauvais mots”, sans raccourci.

L’histoire en bref

 

La BD suit Manie dans une relation amoureuse marquée par une alternance de moments très intenses, parfois merveilleux et parfois profondément douloureux. Cette alternance crée une confusion : les moments négatifs se banalisent, parce qu’il y a aussi des moments “bien”. Car l’amour est là. Et puis, tout ne peut pas être mauvais, puisque tout ne l’est pas.

Peu à peu, des mécanismes toxiques s’installent. Sans cris, sans coups, sans rupture nette. Juste une accumulation de situations, de phrases, de comportements qui finissent par peser lourd.

Anne Schmauch et Bénédicte Moret montrent cela avec beaucoup de finesse. Elles n’expliquent pas à la place du lecteur. Mais elles montrent, elles laissent voir. Et c’est cette mise à distance qui permet, parfois, de comprendre.

Pour ouvrir le dialogue…

 

Amour toxique ne remplit pas une seule fonction — et c’est ce qui fait sa force.

Pour certaines personnes, cette BD peut être :

    • un miroir
    • une prise de conscience douce, sans injonction
    • ou un outil pour mettre des mots sur quelque chose de flou, de confus, de difficile à nommer.

Et pour les soignant·es et les proches, elle peut devenir une clé de compréhension : comprendre pourquoi une personne ne “voit pas”, pourquoi elle reste, pourquoi elle minimise. Surtout, comprendre qu’il ne s’agit ni de faiblesse, ni de naïveté. Et ainsi savoir écouter sans la culpabiliser.

C’est une œuvre qui aide à reconnaître des mécanismes et à comprendre sans juger. Une lecture qui ouvre des espaces, plutôt qu’elle ne donne des réponses toutes faites.

Qu’est-ce qui, selon vous, rend certaines violences si difficiles à reconnaître lorsqu’on les vit de l’intérieur ?